18 juillet 2006

Billet critique : Américan History X.


Premier film connu de Tony Kaye qui avait jusque là fait plutôt dans le clip et la publicité. Le film a bien marché en France lors de sa sortie en 1998. L’histoire est assez simple : Derek Vinyard (Edward Norton, brillant) et son frère Danny (Edward Furlong) sont tous les deux des skinsheads convaincus, racistes et violents. Après le double meurtre (la scène est assez marquante) de noirs qui cherchaient à le cambrioler, Derek se retrouve en prison, où il continue de fréquenter des skins. Mais sa rencontre avec un noir incarcéré pour un petit cambriolage va le transformer. Après avoir été violé par ses anciens amis nazis, il cherchera à sauver son petit frère de l’emprise des idées d’extrême droite.

Le titre vient de la composition que demandera le proviseur de Danny après que celui-ci ai rendu un devoir sur Main Kampf à son prof. Le thème de la dissertation : « les idées sur la vie » (oui, c’est large). Danny va alors expliquer ce qu’il pense dans son devoir intitulé « American History X ». Et oui, désolé, rien à voir avec le porno.

Tout le monde (ou presque) y a vu une condamnation de la violence, un plaidoyer contre la haine. En fait, il s’agit plutôt du contraire. Si l’on regarde bien, au-delà de l’apparence de condamnation, il a bien plus que de la complaisance pour les actes des deux frères. Tout est filmé, amené de telle manière que l’on ne puisse penser qu’une seule chose : la violence contre les noirs est horrible, mais tout de même, elle a de solides fondements.

Tous les clichés sont là : le père de Derek et Danny est mort, tué par des noirs alors qu’il faisait son métier de pompier. On comprend qu’il ai la haine. Coaché par un ancien nazi (un certain Cameron, on ne sait pas trop d’où il vient), il défie un groupes de noirs au basket. Mais en cours de partie, les noirs se montrent fourbes et agressifs. Décidément, ils commencent à nous gonfler. Finalement, l’un des noirs cherchera à s’introduire dans la paisible demeure des frères blancs pour leur voler leur 4x4. Ca commence à bien faire, Derek les surprend et, seul, il va en aligner deux. La police arrive, et là, Kaye se sert de son art du spot publicitaire pour nous faire un vrai film de propagande : Norton (Derek) marchant au ralenti dans la rue, torse nu, musclé, tatoué. Il est beau. Les noirs fourbes, vicieux, voleurs, qui agissent dans l’ombre, et Derek, lui les affronte a mains nues, gagne, et marche fièrement dans la lumière. Il n’a peur de rien : quand les flics l’arrêtent, il sourit. Cette scène et la manière dont elle est amenée, c’est le reflet de tout le film.

Mais il y a plus : Kaye nous explique les bonnes raisons que l’on peut avoir de taper sur les noirs (consciemment ou pas, cela n’est pas le problème). Par contre, quand il s’agit d’expliquer pourquoi Derek change d’avis, les raisons sont très très peu convaincantes : l’amitié avec un noir purgeant une lourde peine de prison pour un petit larcin. On ne peut que ressentir un parallèle avec le mythe du « bon noir » (que l’on retrouvera dans toute sa splendeur dans « la ligne verte » de Franck Darabon, qui avait pourtant fait un « Evadés » très humain), mythe qui a toujours justifié la répression contre les noirs aux Etats-Unis. Pour Kaye, le bon noir est celui qui est gentil, ne se révolte pas, et prend quasiment avec humour et philosophie le fait d’aller 13 ans en taule pour un vol de télé.

En fait, le noir pour Kaye, c’est soit un être fourbe, soit un gentil qui accepte. Comprendre : ceux qui n’acceptent pas offrent de bonnes raisons de se faire taper dessus. Chez ce réalisateur, il n’y a pas vraiment de causes sociales, pas d’oppression spécifique des noirs (inutile de venir ici rapporter les chiffres sur la situation sociale de cette partie de la population). Il y a les méchants (à l’air libre, partout) et les gentils (enfermé à tort dans une prison, très seul).

La scène finale clôt parfaitement ce cycle de faux bons sentiments. Alors que nos deux frères skins sont maintenant bien convaincus (en une nuit ! personne n’y croit, passons) que le racisme c’est mal et qu’il faut être gentil, le pauvre Danny va aux toilettes, et, surgissant de nulle part (en fourbe), le frère d’un des noirs tués par Derek lui loge une balle dans la tête. Que dit une petite voix au fond de quiconque aura vu le film ? Et bien que finalement, il y a quelque chose de pourri dans le royaume des noirs, et que quelque part, ils méritent leur sort. On est loin du message de tolérance qu’on cru y voir certains.

En sortant de la salle, on a qu’une envie : écouter Public Enemy.

Alexandre


Posté par lambda à 21:09 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Billet critique : Américan History X. Premier

    Même si je n'aime pas [b]American History X[/b] (surtout pour son racolage émotionnel), votre "billet critique" est assez risible lorsque vous dites que le film fait dans la complaisance des actes des deux frères néo-nazis. Alors que l'on pourrait surtout critiquer certains raccourcis, certaines facilités scénaristiques (la rencontre du noir en prison rend Derek sympathique et plus du tout raciste, le jeune frère qui change du tout au tout dans un laps de temps excessivement court, etc..).
    Pour ne parler que de la fin de votre critique, je crois que vous n'avez pas saisi le propos final du film qui est et reste, malgré toutes les lourdeurs qui l'entoure, "la violence engendre la violence". Comment y voir une volonté de dénigrer les noirs si ce n'est au travers des yeux de la mauvaise foi ? Certes, le tueur est noir, mais il est avant tout un jeune garçon bouffé par la haine et l'envie de vengeance.

    Au final il me semble surtout que vous tentez de faire tenir certains propos à un film qui n'est qu'une démonstration naïve et lourdingue des dangers des extrêmes et des haines raciales.

    Posté par Colqhoun, 15 août 2006 à 09:24 | | Répondre
  • du calme

    Pourquoi risible? Tu n'es tout simplement pas d'accord. Donc discutons...

    Surles raccourcis scénaristiques, nous avons écrit : "Alors que nos deux frères skins sont maintenant bien convaincus (en une nuit ! personne n’y croit, passons) que le racisme c’est mal... " ce qui rejoint un peu ce que tu dis.

    Ensuite, oui la fin semble dire "la violence engendre la violence". Mais cette fin n'est pas déconnectée du reste du film, qui montre des noirs antipathiques, des skins courageux et sympas etc.

    Plus que juste lourdingue,le film est à mon avis franchement tendancieux...

    Posté par alex, 15 août 2006 à 10:18 | | Répondre
  • Cliché

    Un film "qui montre des noirs antipathiques"

    Mon dieu, quelle horreur, il est pourtant bien connu que "des noirs antipathiques" ça n'existe pas !

    Et qui montre aussi "des skins courageux et sympas".

    Mince alors, certains skins sont des êtres humains. C'est dingue, moi qui croyait que c'était impossible.

    American History X est un film non caricatural montrant des gens bien et des ordures dans les deux camps en présence, pour les tenants de la propagande antiraciste, c'est difficile à accepter.

    Alors faites un effort.

    Posté par occident, 11 décembre 2006 à 09:09 | | Répondre
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