25 juillet 2006

Billet critique : The Descent de Neil Marshall.

Depuis quelques années, la mode est au renouveau des films d’épouvantes.

Nous avions la longue (et interminable, il faut bien le dire) série ouverte par le génialissime « Halloween » de Carpenter : vision subjective (on est « à la place » du tueur), petit budget, acteurs débutants, avec un scénario simple : un groupe d’ado pour cible, généralement dans un lieu isolé, avec meurtres sordides et sanglant égrenés de manière plus ou moins judicieuse (tous les « Vendredi 13 » avant que Jason se retrouve dans l’espace, « Bloody Bird » etc.).

Puis est arrivée le genre « Teenager Movie », dont le très célèbre « Scream », qui apporta un bol d’air (mais qui manqua rapidement de souffle). Outre la série des trois films de Wes Craven, on a une ribambelle de film dans le même goût, mais dont on se lasse vite, avec des ficelles récurrentes : "Souviens-toi l’été dernier", "Urban Legend"… Les éléments sont les suivants : un groupe d’étudiants, un mystérieux tueur, on soupçonne tout le monde et à la fin le coupable est souvent l’un des plus proches que tout nous a conduit à innocenter.

Nous voici arrivés à destination : nous sommes rentrés dans l’ère des films sadiques. Le cinéma retranscrivant d’une manière ou d’une autre les évènements qui se déroulent dans le monde, on ne peut s’empêcher de faire le lien entre ces films et les images de torture des armées britannique ou américaine qui circulent sur le Net, se placent en une des journaux. Un style qui éponge notre soif de voyeurisme des tortures que l’on peut infliger à son prochain. Les deux « Saw » sont à classer dans le genre : un tueur place ses victimes dans des pièges atroces dont ils doivent sortir. « Anatomie » raconte les déboires d’une jeune étudiante en médecine avec une secte (les « anti-Hippocrate », il fallait l’inventer). Mais on est allé plus loin encore avec « Hostel », où le scénario est insignifiant : le film est essentiellement ponctué par des scènes de tortures pratiquées dans les ex pays de l’est (comme par hasard).

Evidemment, tout cela est brossé à gros traits, car des films se sont hissés au-delà de ces courants blockbusteriens. Amenabar a réussi deux paris intéressants dans l’angoisse (« Ouvre les yeux », « Les autres »). Tout le monde a eu le trouillomètre au maximum en voyant les trois étudiants se débattre contre un ennemi aussi terrifiant qu’invisible (« Blair Witch Project »). Certains excellents films asiatiques, à mi-chemin entre le fantastique et l’horreur, viennent également fausser le classement (« Cure », « Kairo », « Ring »).

Tout cela pour dire que « The Descent » aurait pu relancer un style. C’est sans aucun doute l’illustration parfaite de la manière dont certains critères de films à budget casse l’ambiance, brise le rêve (en l’occurrence, le cauchemar).

Pourtant tout avait très très bien démarré : un groupe de filles, la trentaine, aventurières dans l’âme, décide de faire un week end spéléo au fond d’un gouffre. L’une d’elle, l’héroïne, a perdu sa fille dans un accident de voiture l’an passé (on voit cette scène au début, elle est d’ailleurs assez bien sentie). Le film est donc surprenant : les éléments se mettent en place, on découvre les personnages, on se demande vraiment ce qu’il va arriver (du moins quand on ne vous a pas soufflé le scénario à l’avance), le choix de n’avoir que des filles est intéressant. Et puis… on descend. Les décors sont biens faits, on a vraiment l’impression d’être dans un gouffre. L’oppression commence. On suit le groupe dans les boyaux, les salles. Il fait noir, la lumière des fusées colorées met une ambiance toute particulière. Le personnage principal entend des rires d’enfants. Le souvenir de sa fille la poursuit. Au fur et à mesure, les choses deviennent pesantes, on ne sait pas du tout d’où viendra le danger : de la grotte, d’elles, d’un élément extérieur ? Les éléments s’accumulent : l’héroïne se bloque dans un passage, elle panique (on suffoque avec elle), une parois s’effondre, un sac de matériel est perdu. On apprend que la responsable de la carte l’a laissé dans la voiture, et la grotte en question n’est pas répertoriée. Enfin, des marques de passages anciens sont découvertes sur un mur. Nous sommes suspendus à la suite, on est dans le film, et pas franchement rassuré. D’un coup, la pression augmente : une silhouette nous apparaît dans un recoin, au loin. Il y a « quelque chose ». Tout cela dure 45 minutes pendant lesquels ont attend la suite le ventre noué.

Certes, on retrouve un peu des grosses ficelles du genre : je regarde là bas, une musique m’annonce que quelque chose est derrière moi, une main m’attrape violemment l’épaule, je sursaute parce que je l’ai vraiment pas entendu venir. Et en fait non, c’est juste ma copine, ouf. D’accord, mais il n’empêche qu’on est dedans…

Tout est tendu.

Et là, c’est le drame. Au lieu de continuer à nous glacer le sang, d’infuser la terreur sous chaque pierre, voilà que débarque une tripotée de Gollums (comme dans le « Seigneurs des anneaux », en plus agressifs), toutes dents dehors. On ne voit que trop bien que ce sont des acteurs à quatre pattes qui font « rrrrrah » en tirant la langue. Ils courent de partout, sont très méchants. La suite, elle est évidente : le combat du siècle entre les Gollums d’un côté et les êtres humains de l’autre. Avec en prime, une embrouille qui rejaillie entre l’héroïne et sa meilleure amie, où l’on nous explique que la seconde serait responsable de la mort de la fille de la première. Ca n’apporte pas grand-chose, personne n’y croit, c’est lourd.

Du coup, toute la seconde partie du film retrace des combats poussifs, des morts atroces, des monstres qui sortent là où on les attend (dans le recoin sombre). Bref, la routine du film d’horreur. Mêmes les scènes de combats font sourire : alors que les monstres connaissent bien les lieux pour y avoir croupi des siècles, qu’ils font tous de la muscu de manière intensive, grimpent les murs en deux coup de cuillère à pot, la seule héroïne, pour les besoins du film, en aligne une dizaine à elle toute seule, quasiment à main nue. Et elle trouve ensuite la force d’affronter son « ex meilleure amie qui la trahie », là, dans la grotte, trois kilomètres sous terre, entourée de Gollums. On a finalement hâte que  tout ça se termine.

On pourrait faire le parallèle avec le « Hollow Man » de Verhoeven. Des idées astucieuses dans un film dont on connaît le principe, et puis patatra, on passe aux courses poursuites dans l’ascenseur avec des explosions toutes les trois minutes.

Le film a le mérite d’avoir quelques très bonnes idées, mais le mécanisme de la peur (le caché, le suggéré) est très malheureusement coupé au lieu d’être poussé à son paroxysme.

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