18 juillet 2006

Jeunet reçoit la Légion d’Honneur.

George Sand, Brassens, Prévert, Ferré, Sartre, De Beauvoir, Littré l’ont tous refusé. Jean Pierre Jeunet, lui, a accepté de bon cœur sa Légion d’honneur. On comprend pourquoi, c’est bien l’inverse qui eut été étonnant.

A l’occasion de la remise de sa médaille,  le ministre de la culture a remercié Jeunet « pour sa contribution tout à fait exceptionnelle au rayonnement de la culture française… Vous êtes un ambassadeur fabuleux de l'excellence des artistes, des techniciens et des créateurs français » Rien que ça !

Pourtant, à bien regarder l’œuvre de Jeunet, on a un peu de mal à déceler une trace de rayonnement de culture. Citons ses films dans l’ordre de réalisation : L’évasion (1978), Délicatessen (1991), La cité des enfants perdus (1995), Alien, la résurrection (1997), Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), Un long dimanche de fiançailles (2004), L’histoire de Pi (2006).

Jeunet n’est pas français à deux titres : le dernier film qui a fait beaucoup parlé de lui, Un long dimanche de fiançailles, a coûté 45 millions d’euros pour une grande part financé par la Warner (compagnie américaine s’il en est) et qui vaudra à ce film la catégorie « film étranger » malgré des acteurs et des lieux de tournage français. Ensuite il n’est pas Français car fondamentalement, il n’aime pas la France. Il est le réalisateur du monde des rêves. Quand il s’agit d’un dessin animé pour enfant du type Bambi, on peut comprendre. Mais quand on élève cela au rang de summum culturel…

Kaganski, du journal les Inrockuptibles, l’avait expliqué (sans trop de pédagogie, pour mieux mettre un coup de pied dans la fourmilière) : Jeunet rêve d’une France épurée, qui sent le formole, sans aspérité, qui ressemble à une image d’Epinal des années 1950. Le Paris qui y est décrit dans Amélie Poulain ressemble à une carte postale fade, sans un seul noir, arabe ou toute nationalité ne rentrant pas dans le tableau de Jeunet. Tout y est aseptisé, lisse, on pourrait dire « passé au Karcher » tant il n’y a de trace de rien. Certes, nous dira-t-on, on est pas obligé de faire du réaliste, on peut dépeindre un monde imaginaire. Mais Jeunet, lui, ne dépeint pas un monde imaginaire : il décrit le réel tel qu’il aimerait qu’il soit, c'est-à-dire sans conflit social, sans immigrés, uniquement fait de bons sentiments convenus. Rien à voir avec le fantastique ou la science fiction !

Si certains doutaient, il suffit de voir comment il transforme le livre de Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles pour faire s’exclamer à l’un des personnages : « Ne me tuez pas ! Je suis Corse, pas Français ! », alors qu’au point de départ, c’est un italien qui demande grâce. Ce clin d’œil régionaliste a tout à fait sa place dans ces plans de décors sur mesure pour une France de l’Ancien Régime.

Le public, nous dira-t-on encore, a aimé certains films comme Amélie Poulain. Certes, mais ont-ils eu le choix ? On a présenté celui-ci partout comme un chef d’œuvre du cinéma français, dont l’auteur se voit remettre aujourd’hui la plus haute distinction. Ces films ont flatté la tendance facile aux sentiments réacs. En plus, c’était permis, puisqu’on cela, nous dit-on, c’est le « rayonnement culturel » de la France… A grand coup de quadrillage publicitaire, on peut faire passer un navet pour une grande œuvre.

Il faudra heureusement un peu plus que la Légion d’Honneur à Jeunet pour se faire passer pour un génie cinématographique de son siècle. Le Panthéon du cinéma ne s’est jamais construit avec une décoration dont la devise est « Honneur et Patrie ». Heureusement pour la patrie et l’honneur du cinéma.

Alexandre

Posté par lambda à 21:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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